Day One, MultiMarkdown Composer, Marked, et une leçon sur la contradiction
Certains s'étonnent que mon workflow ne cesse d'évoluer, que je change d'éditeur textuel comme de chemise et que je ne cesse de contredire mes propres choix. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis ? Peut-être, mais pas seulement : un workflow est un environnement soumis à des pressions internes et externes — qu'elles changent, et le flux de travail change.
Oser se contredire
Depuis près de trois ans, je ne jure que par les fichiers au format texte brut, au point même d'avoir écrit mon mémoire dans de simples fichiers .txt ! La logique de départ s'est transformée en véritable idéologie prônant les vertus de la syntaxe Markdown et la sainteté de la portabilité des fichiers. Me faisant perdre de vue, au passage, l'aspect pratique de la chose.
Mon workflow d'avril 2011 était ainsi particulièrement complexe : je m'imposais de respecter ma nouvelle religion pour mes fichiers personnels, alors qu'il m'était impossible de l'utiliser pour mes fichiers professionnels. Un an plus tard, je maintenais ce système dual tout en le faisant passer pour une organisation unifiée à grands coups d'iCloud à rebours.
Je ne pense pas que j'étais illogique : il s'agissait de la solution la plus adaptée pour répondre aux besoins de l'époque avec les outils à ma disposition. Mais les besoins changent, les outils aussi — c'est toute la thèse justifiant que j'écrive sur métro [zen] dodo ! Je suis trop pragmatique pour être têtu et ne pas vouloir résoudre des problèmes flagrants pour ne pas me dédire. Je dois me faire vieux.
S'il y a des problèmes, il y a une solution, et tant pis si cette solution signifie l'abandon de trois ans d'habitudes. Certains points sont non négociables, comme la portabilité des données, qui devrait être le premier élément à prendre en considération avant l'adoption d'un logiciel. Mais le format de base compte sans doute moins que le confort d'utilisation si au final, la liberté d'utilisation est respectée : l'important, ce sont en fait les options d'exportation.
Revenir à Day One
Puisque ma manière de travailler chez MacGeneration diffère de la manière dont j'écris à la maison, mieux vaut mettre fin à la fiction du flux de travail unique qui essaye de répondre à tous les besoins et au final ne répond à aucun. Pour mes besoins personnels, j'ai donc décidé de revenir à Day One. Il stocke mes notes et brouillons destinés à devenir des articles pour métro [zen] dodo ou Kusikia, mes petites réflexions quotidiennes qui forment une sorte de journal informel, les articles que je veux conserver, et j'en passe.
Comme toutes les autres boîtes à chaussures numériques, Day One est avant tout une superbe interface organisationnelle facilitant grandement l'entrée de données. Comme David, j'ai toujours eu un problème avec ses options d'exportation, au point de parfois le qualifier de « silo informationnel incompatible avec mon flux de travail. » En travaillant sur Day Two, j'ai néanmoins appris à connaître Day One : il stocke tous les documents sous la forme de fichiers XML contenant aussi les métadonnées. En cas de besoin, je n'aurais aucun mal à les convertir en fichiers .txt formatés en Markdown et exploitables dans une autre application.
Non, je ne suis pas parfaitement convaincu par les développeurs de Day One, malgré leurs indéniablement bonnes idées, surtout après les avoir entendu s'exprimer dans le podcast Systematic. Sans « jouer à se faire peur » comme dit Jean-Christophe, il faut malheureusement prévoir le pire, surtout avec ces fichiers si personnels, notamment après l'épisode Sparrow. J'ai néanmoins décidé d'être moins pessimiste que David, parce que j'ai besoin d'arrêter de me poser des questions et de recommencer à écrire, et que le XML est une porte de sortie qui non seulement me convient, mais est la meilleure à mon sens.
Bien sûr, il s'agit de mon avis — mais je parle ici de mes usages et des outils qui y sont les plus adaptés, sans prétention à l'universalité. Il est défini par le fait que j'ai conçu une webapp de gestion de bibliographie, un moteur de blog et un indexeur d'activité en ligne entièrement basés sur du XML. C'est donc un format avec lequel je suis parfaitement à l'aise, et qui me pose moins de problèmes qu'à d'autres. Day One finit par sentir le poisson ? Je code une moulinette, je la mets en ligne, et tout le monde est content malgré la perte de cet ami cher. Au final donc je considère que Day One est une interface comme une autre à des fichiers textuels, même si ces fichiers sont formatés d'une manière qui n'est pas directement lisible.
Ces doutes levés, je ne peux qu'être enthousiasmé par les avantages procurés par Day One. Tous mes fichiers restent dans ma Dropbox, et sont donc dupliqués sur toutes mes machines et sauvegardés un nombre incalculable de fois. L'application iOS est un plaisir à utiliser pour un billet au pied levé, malgré une interface un peu trop présente — d'autant que les images, la météo et la géolocalisation ne sont que des bonus pour moi, et non des fonctions clefs. Mon principal problème avec mon précédent système était la gestion des brouillons, sachant que j'ai toujours refusé d'utiliser les commentaires Spotlight pour ajouter des tags. J'utilise les étoiles dans Day One pour mettre de côté les articles sauvegardés avec Day Two qui peuvent servir et les idées en cours de dégrossissage. J'en suis à 180 notes en moins de deux mois, quelque chose fonctionne donc mieux qu'avant.
Valser entre MultiMarkdown et Marked
Je ne peux pas utiliser Day One pour MacGeneration, qui m'impose un outil un peu plus pointu en matière d'édition textuelle ; quand bien même me conviendrait-il que je ne l'utiliserais pas, pour conserver « mes deux mondes d'écriture » strictement séparés et avoir l'impression de vraiment changer d'activité en rentrant à la maison et en changeant d'outil. Je n'ai accessoirement pas besoin d'une solution fonctionnant sur iOS pour MacGeneration : si je bosse pour un des sites orange, c'est que je suis devant mon Mac. Mais je voulais aussi en finir avec l'obligation d'écrire directement en HTML et d'ainsi parler deux langues au quotidien, alors que Markdown se convertit très bien.
Marked est une excellente interface de conversion qui prend en charge les processeurs Markdown personnalisés : j'en ai donc créé un pour répondre à toutes les exigences de publications sur MacGeneration et iGeneration. Je ne m'en sers pas pour prévisualiser les fichiers, sauf lorsque j'ai besoin de changer de police pour changer de regard sur un très long papier et déceler fautes d'orthographe, erreurs de syntaxe et plantages logiques. J'adore Byword mais il oblige à une gymnastique à la limite de la torture pour passer facilement à Marked. MultiMarkdown Composer, lui, s'interface directement à Marked.
Son interface par défaut est particulièrement agressive, mais on peut le transformer en TextEdit reconnaissant la syntaxe Markdown en cochant quelques cases, de quoi retrouver le calme. Il dispose lui aussi d'un mode « machine à écrire » qui permet de centrer la ligne en cours, mais est de plus doté d'un panneau « table des matières » qui permet de s'y retrouver dans les longs documents. Il est même capable de gérer les bibliographies ! Dommage qu'il ne permette pas de réorganiser les parties d'un glisser-déposer et qu'il ne fournisse pas les statistiques directement dans la fenêtre d'édition (j'ai besoin d'un compteur de mots).
Tous mes fichiers sont enregistrés dans un dossier unique sur ma Dropbox, archivé chaque année : je ne casse ici pas le principe de mon vault. J'ai rarement besoin de revenir sur un ancien papier, et si je le dois, je passe en général par un moteur de recherche pour le retrouver sur les sites, avant d'en chercher le nom avec Spotlight. Pas besoin donc de s'embêter avec une organisation complexe qui mange du temps à l'écriture. Depuis le début de l'été que j'ai mis en place cette solution, là aussi, je n'ai rien à redire : je subis globalement beaucoup moins de frictions.
La panacée, jusqu'à la prochaine fois ?
Bien évidemment, je me doute que cette solution ne sera valable qu'un temps, même si j'en suis plus satisfait que je ne pouvais l'être des précédentes deux mois après leur adoption. Mais c'est le jeu : les besoins changent, les outils aussi. Et ça fera un article de plus.